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Un environnement verdoyant réduit-il le risque de cancer?

Existe-t-il un lien entre les caractéristiques du lieu de vie, comme la pollution de l’air et la présence d’espaces verts, et l’incidence du cancer ? Un projet de recherche de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) tente de répondre à cette question.

Erik Derycke - 20 octobre 2026

Armand Meyswijk, Leuven
Façades végétalisées dans le quartier Armand Meys, à Louvain. © Ville de Louvain – Jan Crab

La Pr Sylvie Gadeyne dirige cette recherche. Dans les années 2000, elle a consacré sa thèse aux différences socio-économiques de mortalité. « C’était la première fois que nous pouvions les étudier, car nous disposions enfin de données individuelles. Nous sommes partis du recensement de 1991, que Statbel avait couplé aux données de mortalité », explique-t-elle dans un entretien au journal du Médecin.

« Nous pouvions ainsi relier, pour chaque personne, des informations comme le niveau d’études, la profession et le lieu de résidence aux données du Registre national sur les décès et l’émigration. Nous avons constaté d’énormes écarts : l’espérance de vie des femmes flamandes les plus diplômées dépassait alors de 12,4 ans celle des hommes wallons peu diplômés. »

L’équipe de Sylvie Gadeyne a continué d'actualiser ces chiffres et d'affiner ses analyses pour certaines pathologies. « Nous avons, par exemple, observé une corrélation entre le niveau d’études et les maladies pulmonaires, ainsi qu’entre le logement et la mortalité liée à l’alcool chez les hommes. Chacune de ces dimensions met en lumière une vulnérabilité particulière. »

Ne pas culpabiliser les victimes

« En tant que sociologue, je me demande pourquoi il en est ainsi. Aujourd’hui, tout le monde sait que le tabac et l’alcool sont nocifs, y compris les personnes peu diplômées. Dire que ces mauvaises habitudes de vie sont de leur faute est trop facile: cela revient à culpabiliser les victimes. Pour ces personnes, le tabac et l’alcool constituent souvent un exutoire plus accessible, une manière de faire face aux difficultés de la vie. Les personnes très diplômées ou à hauts revenus disposent souvent de davantage de possibilités, plus favorables à leur santé, comme des loisirs coûteux ou des vacances dans des destinations lointaines. »

« Dire que ces mauvaises habitudes de vie sont de leur faute est trop facile: cela revient à culpabiliser les victimes. »

Les différences d’accès aux soins et de recours à ceux-ci jouent également un rôle, souligne Sylvie Gadeyne. « Nous constatons que les personnes moins diplômées ont souvent plus de difficultés à communiquer. Elles parviennent moins bien à expliquer ce qui ne va pas et osent peut-être moins facilement en parler. »

Le cancer et l’environnement

Le nouveau projet, intitulé Where You Live Matters: Urban Environmental Exposures and Cancer Prevention - « Le lieu de vie compte : expositions environnementales urbaines et prévention du cancer » -, porte sur l’influence des facteurs environnementaux, en particulier des espaces verts, sur environ huit types de cancer.

« Là aussi, les catégories plus pauvres sont désavantagées: elles subissent davantage la pollution de l’air et le manque d’espaces verts. Nous voulons étudier l’effet de ces espaces sur l’incidence du cancer. Nous nous intéressons à leur quantité, mais aussi à leur qualité: s’agit-il de quelques arbres autour d’une zone industrielle ou d’un véritable parc? »

Sylvie Gadeyne et le chercheur Joachim Gotink ont accès à des données anonymisées ou pseudonymisées, issues du couplage de plusieurs sources: Statbel, la Fondation Registre du Cancer et des organismes chargés de l’environnement. La dépendance de l’équipe à l’égard de partenaires extérieurs constitue toutefois un frein. « Pour des raisons de protection de la vie privée, nous ne pouvons pas accéder librement à ces données. Des tiers doivent réaliser leur couplage pour nous. »

Les bienfaits des espaces verts

Ces données servent à développer des modèles multiniveaux, qui intègrent différents niveaux de déterminants. « Ce sont des modèles statistiques qui tentent de refléter au mieux la réalité, tout en tenant compte des facteurs susceptibles de fausser les résultats. Dans une étude antérieure, nous avions, par exemple, observé une surmortalité liée aux maladies pulmonaires dans les ménages qui se chauffent au bois. Certains avaient critiqué ce résultat: selon eux, la cause n’était pas le poêle à bois, mais le statut socio-économique, lui-même associé à une consommation plus importante de tabac et d’alcool. Lorsque nous corrigeons notre analyse pour tenir compte de ces facteurs, l’effet diminue légèrement, mais il persiste. »

Les travaux précédents de l’équipe ont déjà mis en évidence le lien entre pollution de l’air et cancer du poumon. « C’est évidemment un lien bien établi. Mais nous observons aussi que les espaces verts peuvent jouer un rôle de tampon en captant une partie de la pollution ou en contribuant à purifier l’air. De manière générale, ils sont bénéfiques pour la santé, car ils incitent à bouger, à marcher davantage et à faire du sport. Ils comptent aussi pour la santé mentale: la période du Covid nous a montré à quel point les parcs et les espaces verts étaient importants. »

Retirer des dalles pour planter

Faut-il dès lors intégrer la plantation d’arbres dans un plan de prévention du cancer? « Tout d’abord, il faut rappeler qu’il s’agit de modèles statistiques à l’échelle d’une population. On ne peut pas transposer leurs résultats au niveau individuel. Ce n’est pas parce que j’ai une vue sur de la verdure que mon risque personnel de cancer change. »

« Il y a quelques années, j’ai présenté nos résultats au Parlement bruxellois. On m’a demandé: “Et maintenant, que devons-nous en faire?” Je ne suis pas une responsable politique, mais j’ai plaidé pour de petites mesures: organiser des campagnes d’information sur la qualité de l’air, conseiller de ne pas laisser les fenêtres ouvertes aux heures de pointe… J’habite à Gand, où la Ville encourage le retrait de dalles au pied des façades pour y planter des fleurs, des arbustes ou des arbres. Rien que sur le plan psychologique, marcher dans une rue végétalisée plutôt que dans une rue couverte de dalles et de béton fait une énorme différence. »

Lever les réticences

Sylvie Gadeyne espère que les médecins prennent eux aussi conscience du poids des facteurs socio-économiques. « Je ne sais pas dans quelle mesure leur formation aborde cette question, mais il faut comprendre qu’expliquer ce qui ne va pas ou changer sa situation n’est pas aussi facile pour tout le monde. Nous sommes tous d’accord: une personne qui fume ferait mieux d’arrêter. Mais sa capacité à y parvenir dépend aussi, à mon sens, de l’accompagnement, de son entourage et du milieu dans lequel elle vit. Certaines personnes ont besoin de davantage de soutien, éprouvent plus de difficultés à suivre leur traitement ou n’ont pas les moyens de payer cet accompagnement. »

« Autre exemple: l’incidence du cancer du sein est plus élevée chez les femmes les plus diplômées. Le fait qu’elles aient des enfants plus tard joue un rôle important. Mais leur survie est bien meilleure, notamment parce que le diagnostic intervient à un stade plus précoce et qu’elles peuvent souvent mieux suivre leur traitement. Elles développent plus souvent la maladie, mais en meurent moins. »

« Je pense que les médecins expérimentés perçoivent immédiatement ces différences. Ils savent reconnaître le patient qui a compris et celui qui a besoin d’une attention supplémentaire. Il est essentiel de bien communiquer, de mettre les patients à l’aise et de lever leurs réticences à s’exprimer. »

Jusqu’ici, l’équipe a surtout mené des recherches quantitatives. Sylvie Gadeyne aimerait les compléter par une approche qualitative. « Cela signifie aller parler aux personnes concernées. Pourquoi pensent-elles que ces différences existent? Que pourrait-on faire, selon elles, pour y remédier? Poser ces questions à cinquante ou cent patients et médecins serait très éclairant. »

« De leur côté, les médecins pourraient expliquer les difficultés qu’ils rencontrent pour atteindre certains groupes. Je pense que nous avons vraiment besoin d’une telle recherche. Mais il faut parvenir à la financer, et ce n’est pas facile aujourd’hui. »

Le Plan Cancer belge 2026-2036 a été présenté le 9 octobre. Il prévoit notamment une révision des programmes de soins oncologiques, une réforme de la consultation oncologique multidisciplinaire (COM) et une concentration accrue des prises en charge complexes. La collaboration avec la première ligne doit également occuper une place plus importante. Nous reviendrons en détail sur ce nouveau plan dans notre prochaine édition.

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