Médicaments et pharmacothérapie

Analyse de drogue dans les eaux usées

La cocaine généralisée, la kétamine gagne du terrain

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On le sait depuis le covid-19 : l'analyse des eaux usées (recherche de biomarqueurs humains liés aux métabolites de dégradation) constitue une approche très intéressante pour surveiller divers développements en santé publique. Si Sciensano avait démarré ce type d'analyse en 2020 en traquant le SARS-CoV-2 à l'aube de la pandémie, l'Institut l'a rapidement étendu à d'autres substances afin de pouvoir mesurer également l'activité de la grippe, du virus respiratoire syncytial (VRS) ou encore de la poliomyélite. Et, désormais, pour cartographier la consommation de drogues.

Concrètement, cette surveillance nationale à grande échelle des drogues - une première - dans nos eaux usées s'est déroulée il y a un an, du 24 au 30 mars 2025, avec la participation de 17 stations d’épuration réparties en Flandre, en Wallonie et dans la Région de Bruxelles-Capitale, qui représentent une belle couverture de la population belge. Les résultats des analyses sont publiés ce 11 mars 2026. 

Un outil objectif et complémentaire

Maarten Degreef SciensanoCette mesure scientifique "donne une idée objective des substances consommées qui circulent réellement", souligne Maarten Degreef, docteur en sciences pharmaceutiques et expert "drogues" chez Sciensano. En outre, pas d'auto-rapportage par les consommateurs donc pas de biais, et pas de données individuelles, donc pas d'atteinte à la vie privée.

Cet "instantané" de l'usage des drogues sur notre territoire va permettre de compléter les données issues d'autres outils (chiffres policiers, sondages auprès du public, dossiers hospitaliers). L'idée est de réitérer l'analyse chaque année (toujours à la même période) et de pouvoir confronter nos résultats avec la situation chez nos voisins, voire à l'international.

La méthode devrait aussi permettre de jauger l'impact d'éventuelles mesures politiques, voire actions judiciaires (démantèlement de labos clandestins et déplacement du marché de la drogue, qui est très mobile). 

Huit types de substances traquées

"Les résultats donnent des tendances", tient à préciser Sciensano. Pas question, donc, de classer les villes, de pointer des utilisateurs ou d'évaluer des quantités de consommation.

Huit drogues ont été recherchées: cocaïne, MDMA (ecstasy) et kétamine (= les trois plus fréquentes chez nous et en Europe) + amphétamine (speed), méthamphétamine, crack et deux cathinones synthétiques: 4-MMC (méphédrone) et 3-MMC.

Le cas de ces deux dernières prouve d'emblée l'intérêt de la méthode par les eaux usées: alors qu'on les pensait de plus en plus populaires, le 4-MMC n'a pas été retrouvé du tout et le 3-MMC dans seulement deux stations sur 17... Donc soit leur consommation n'augmente pas, soit la composition telle que vendue aux usagers est trompeuse. "Grâce à cette méthode analytique, nous en avons à présent la preuve évidente", soulignent les experts de Sciensano.

LIRE LE RAPPORT COMPLET

Cocaïne

La disponibilité de la cocaïne est généralisée: des biomarqueurs ont été retrouvés dans toutes les stations d'épuration. La PNML (= charges massiques normalisées par rapport à la population, exprimées en mg/jour/1.000 habitants) moyenne la plus élevée a été mesurée à Anvers-Sud (1382,1 mg/jour/1000 habitants). Des moyennes hebdomadaires élevées sont également observées à Bruxelles (Nord), Liège (station d'Oupeye) et Charleroi (Montignies).

Dans l'ensemble, les PNML mesurées avaient tendance à être plus faibles en Flandre qu'en Wallonie et à Bruxelles-Capitale. Les mesures du week-end (en particulier le dimanche) étaient beaucoup plus élevées, ce qui signe une consommation plus importante dans les lieux de vie nocturne et festifs (différence relative entre les PNML du week-end et des jours de semaine: < +5% à environ +90%). 

Crack

Il est consommé partout (11 stations sur 17 - Anvers sud, Charleroi et Namur en premier), et de manière plus régulière que la cocaïne (pas de pic de week-end), révélant "une dépendance plutôt qu'un choix récréatif", souligne le rapport.

Alors que la consommation de crack représente 83% des visites à la salle de consommation Gate (Gare du Midi) et est mentionnée dans 27,4% des traitements des assuétudes dans la région de Bruxelles-Capitale, les stations d'épuration bruxelloises avec des PNML élevées n'arrivent qu'en 5e et 8e position.

MDMA

Une des drogues les plus couramment consommées dans les lieux de vie nocturne: deux consommateurs de drogues sur cinq en sortie. Elle est retrouvée partout, mais beaucoup plus en Flandre et à Bruxelles (les deux stations d'épuration d'Anvers, les deux de Bruxelles, Hasselt, Gand et Louvain). 

Les différences entre consommation en semaine et le week-end sont moins marquées (léger pic le dimanche et le lundi - la MDMA a une fenêtre d'excrétion prolongée) que pour la cocaïne, mais l'analyse montre une importante différence à la station d'épuration d'Arlon (+499%). 

Amphétamine (ou speed)

Tout le pays est concerné, mais avec des variations notables entre régions. La Flandre est beaucoup plus touchée (Hasselt, Anvers, Harelbeke, Bruges), ce qui pourrait s'expliquer par une plus grande disponibilité, "les deux tiers des laboratoires de drogue saisis en Belgique étant situés dans les provinces du Limbourg et d'Anvers, ou à un lien avec le marché néerlandais de la drogue", analyse Sciensano

"Outre les indications de consommation dans le cadre de la vie nocturne (étudiants), les eaux usées montrent que cette substance est plutôt consommée de manière régulière et donc pour d'autres motifs que la fête", notent encore les experts.

Méthamphétamine

Aucune trace en Wallonie, mais bien en Flandre et à Bruxelles. 

Écrit par Cécile Vrayenne11 mars 2026
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