Édito
Demain soir, y aura-t-il toujours un pédiatre dans la salle ?
De par son lien avec l’enfant et sa relation de confiance avec les familles, la pédiatrie est sans doute l’une des spécialités qui pourra toujours susciter des vocations. Notamment grâce à cette image de « belle » spécialité dont elle bénéficie intuitivement dans beaucoup d’esprits. Sur le terrain, pourtant, on sent que la passion ne peut pas compenser toute défaillance du système ou, en tout cas, pas indéfiniment.
La pédiatrie évolue. Elle s’est surspécialisée au travers de différentes expertises (cardio, gastro, pneumo, néphro, endrocrino,…). Sur le papier, ces surspécialités restent largement invisibles. À trois exceptions près (hémato-oncologie, neuropédiatrie, néonatologie), leur reconnaissance officielle se fait attendre, alors que des dossiers sont déposés depuis plus de dix ans. Ce retard pèse lourd sur l’accès à certains traitements coûteux : en rhumatologie, par exemple, les biothérapies qui ne sont remboursées que si la prescription émane d’un rhumatologue « adulte », alors que le suivi est entièrement assuré par le pédiatre, tiennent de l’aberration. De manière sous-jacente, on note aussi une urgente nécessité de valoriser l’acte intellectuel, qui représente une part importante de l’activité d’un pédiatre.
La journaliste qui a coordonné ce numéro s'est entretenue avec un des représentants de la Belgian Academy of Pediatrics. Entre beaucoup d'éléments intéressants, la lecture de cette interview nous apprend aussi que la nomenclature actuelle dévalorise le pédiatre hospitalier. Beaucoup de jeunes médecins font alors un choix rationnel et inévitable. Ils combinent l’hôpital et le privé, ou quittent l’hôpital. Cette bascule vers la pédiatrie privée ne relève pas d’un caprice mais, pourtant, touche le petit patient de plein fouet : y aura-t-il encore suffisamment de pédiatres hospitaliers pour assurer la garde ? Dans un grand établissement, on peut maintenir des équipes nombreuses, 24h/24. Dans une plus petite structure, la garde se répète parfois tous les cinq jours. À moyen terme, le pédiatre, épuisé, deviendra le patient. Et il est presque incorrect de conjuguer le verbe au futur. Au CHwapi, où une équipe de pédiatres, bientôt à bout, vit des annulations de consultations à répétition, on a déjà tiré la sonnette d’alarme. Pourtant, un bébé de Kain qu’on présente aux urgences du CHwapi devrait avoir les mêmes chances de prise en charge qu’un bébé voisin des urgences du CHC MontLégia.
L’accouchement de la réforme de la nomenclature est prévu pour 2028. On souhaite beaucoup de courage aux groupes de travail de l'INAMI, du cabinet Vandenbroucke et de la Médico-mut. Mais surtout, on gage que les "futurs parents" de la réforme (tout autant d’hommes qu’ils sont) n’oublieront pas de consulter des pédiatres à temps...