Rapport MORSE
Rapport MORSE : l’innovation accélère, la facture aussi
Le rapport MORSE ('Monitoring Of Reimbursement Significant Expenses') a été présenté le 12 janvier au Comité de l’Assurance. Il a pour vocation d’identifier de manière transparente les coûts des médicaments. Il confirme que l’innovation rapide impacte fortement le budget de l'INAMI.
Le célèbre rapport MORSE confirme en 2024 une tendance structurelle et qui inquiète d’aucuns : « L’innovation rapide, l’élargissement des indications et l’intensification des traitements déplacent le centre de gravité des coûts vers le secteur hospitalier et vers quelques classes de médicaments à fort impact budgétaire. »
Les médicaments à fort potentiel innovant, et dont on fait en sorte qu’ils arrivent rapidement auprès des patients concernés, font partie de cette difficile équation. Bien que les coûts de ces thérapies « sous convention » (dites art. 81/111) soient partiellement maîtrisés, « la concentration des dépenses sur [ces] quelques classes de médicaments à forte innovation posent un défi réel et majeur en termes de soutenabilité financière et de pression budgétaire ».
Pour y pallier, l’INAMI a établi un cadre pluriannuel avec l’industrie pharma en 2025. Dans ce cadre, « la part des dépenses en médicaments est limitée à 17,3 % des dépenses totales en soins de santé ».
Augmentation notamment dans le secteur hospitalier
Le rapport calcule qu’en 2024, les dépenses médicamenteuses brutes de l’INAMI ont atteint 7,9 milliards d’euros, soit une augmentation de 9,6 % par rapport à 2023. Après diverses compensations accordées par l’industrie pharma au niveau desdits médicaments sous contrats, les dépenses nettes s’élevaient à 5,6 milliards d’euros, soit une augmentation de 6,6 % par rapport à l’année précédente.
Le secteur hospitalier concentre 54,7% des dépenses brutes, précisément à cause de ces médicaments sous convention. C’est conforme aux évolutions des dernières années. « Les autres prestations pharmaceutiques (nutrition médicale, trajets de soins diabète, honoraire du pharmacien de référence, préparations magistrales, vaccination, etc.) ont représenté 258 millions d’euros (+6,7 %). »
Top 15 des classes médicamenteuses les plus dispendieuses
Le rapport MORSE liste les 15 classes de médicaments « à fort impact budgétaire » et qui concentrent l’essentiel des coûts (68 %, pour être exact). La liste comprend les anticorps monoclonaux et conjugués pour 1,3 milliard, en augmentation de 8,6 %. Ce coût est tiré vers le haut pour l’utilisation plus massive des molécules de nouvelle génération.
Suivent les inhibiteurs de protéine kinase pour 510 millions d’euros, un coût en légère baisse (-1 %) « mais dont les volumes ont augmenté en raison de nouvelles indications ».
Les antidiabétiques, hors-insuline, posent question puisque les coûts de 275 millions d’euros (+16,5 %) ont triplé en dix ans. MORSE identifie, outre l’augmentation irrépressible du nombre de patients, « des dérives d’utilisation dans des indications pourtant non remboursables (perte de poids) et par l’utilisation plus massive des analogues du GLP-1 et des gliflozines (inhibiteurs du SGLT2) ». Bien entendu, des actions de sensibilisation suivront à l’attention des prescripteurs pour contrer ces « dérives ».
Le rapport MORSE constate également une forte croissance des hypolipémiants mais qui perdure depuis 2022 « due aux PCSK9-inhibiteurs, à l’inclisiran et aux schémas combinaisons chez les patients à haut risque cardiovasculaire ».
Les immunodépresseurs voient leur croissance limitée en 2024 mais restent tout de même « le 1er poste en termes de coûts bruts en pharmacies publiques et le 2e si on envisage les deux secteurs (près d’1 milliard d’euros) ».
Enfin, parmi les autres classes de médicaments en essor, on trouve les immunoglobulines, les antimigraineux anti‑CGRP, les médicaments liés à la dermatologie innovante ou au système nerveux, souvent sous convention avec remboursement temporaire.
Médicaments sous « contrat » : un cas à part
Victimes de leur succès en quelque sorte, les médicaments sous contrat posent un défi majeur de soutenabilité, estime l'INAMI. En 2024, on constate une hausse de 16 % du nombre de conventions et de 10 % du nombre de molécules. Or, en 2024, 77 % des négociations débouchent sur une convention. Et si les firmes reversent 45,4 %, le coût net moyen d’une convention pour l’INAMI est tout de même passé de 6,9 à 8,2 millions d’euros.
Cerise sur le gâteau, en 2024, la Commission de remboursement des médicaments de l’INAMI (CRM) se plaint d’une charge de travail en augmentation. Elle a traité 532 dossiers uniques, soit 23 % de plus que l’année précédente. La CRM, dans deux tiers des cas, rend un avis positif pour le ministre, propose une convention dans 18 % des cas et émet un avis négatif dans 14 % des cas. Vous avez dit laxiste ?
Le rapport dans son intégralité est disponible dans notre article en ligne, via ce code QR :