Hidradénite suppurée : un risque suicidaire sous-estimé
L’hidradénite suppurée est une dermatose inflammatoire chronique associée à une altération majeure de la qualité de vie. Au-delà de la douleur et du retentissement fonctionnel, plusieurs travaux ont suggéré un retentissement psychologique important. Une étude récente apporte des données robustes sur le risque d’automutilation et de suicide dans cette population.
Une cohorte nationale danoise a inclus 9.566 patients atteints d’hidradénite suppurée (HS) (également appelée maladie de Verneuil), comparés à 47.827 témoins de la population générale. Les participants ont été suivis jusqu’à la survenue d’un épisode d’automutilation, d’un suicide ou jusqu’à la fin du suivi.
L’analyse reposait sur des modèles ajustés sur l’âge, le sexe, ainsi que plusieurs facteurs comportementaux et socio-économiques.
Un sur-risque d’automutilation et de suicide
Au cours du suivi, les patients atteints d’HS présentaient, après ajustement, un risque d’automutilation plus que doublé par rapport aux témoins (HR ajusté 2,13 ; IC 95% 1,81–2,51). Ce sur-risque persistait après prise en compte des facteurs étudiés, suggérant un rôle contributif de la maladie. De même, le risque de suicide était augmenté (HR ajusté 2,54 ; IC 95% 1,33–4,87), malgré un faible nombre d’événements observés.
En pratique, les patients décédés par suicide présentaient plus fréquemment des antécédents d’automutilation. Ce point souligne le rôle potentiel de ces comportements comme signal d’alerte précoce, justifiant un repérage systématique en consultation dermatologique.
Un profil à haut risque
Les patients atteints d’HS présentaient plus fréquemment plusieurs facteurs de vulnérabilité : tabagisme, conduites addictives, niveau socio-économique plus faible, troubles psychiatriques et antécédents d’automutilation. Ces éléments contribuent probablement au sur-risque observé, sans toutefois l’expliquer entièrement.
Ces résultats s’inscrivent dans un contexte plus large d’augmentation du risque de dépression et d’anxiété chez les patients atteints d’HS. Ils renforcent l’idée que l’HS doit être considérée comme une maladie systémique, nécessitant une approche multidisciplinaire intégrant une évaluation psychologique.
En pratique, le dermatologue occupe une position clé pour identifier les patients à risque. Un interrogatoire ciblé sur les symptômes dépressifs, les idées suicidaires et les antécédents d’automutilation est essentiel, en particulier chez les patients présentant une maladie sévère ou un retentissement fonctionnel important, avec, si nécessaire, une orientation vers un spécialiste en santé mentale.
Références
1. Holgersen N, Rosenø NAL, Nielsen VW, et al. Hidradenitis suppurativa and risk of self-harm and suicide. JAMA Dermatol. 2026. doi:10.1001/jamadermatol.2026.0037
2. Holgersen N, Rosenø NAL, Nielsen VW, et al. Risk of new-onset and recurrent depression and anxiety among patients with hidradenitis suppurativa. JAMA Dermatol. 2025;161(10):1014-1021. doi:10.1001/jamadermatol.2025.2298