OpinionPolitique fédérale

Un problème communautaire

Intervention majorée: ce ne sont pas les indépendants le problème

Ces dernières semaines, l’intervention majorée dans l’assurance maladie s’est retrouvée au centre de l’agenda politique. Les responsables politiques se sont succédé avec des déclarations attribuant principalement la responsabilité de cette situation aux mutualités, tandis que d’autres estiment que les indépendants ont eux aussi une part de responsabilité dans ce dossier. Le débat mérite toutefois davantage de nuances.

Jürgen Constandt, président du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds - 18 mai 2026

Ni les indépendants, ni les mutualités ne sont responsables de l’afflux massif de personnes bénéficiant de l’intervention majorée. Le problème est, une fois encore, communautaire. La Wallonie et Bruxelles arrivent particulièrement en tête, et cela semble ne susciter aucune réaction.

Une hémorragie

Fin 2025, 21,7% de l’ensemble des Belges bénéficiaient du statut de bénéficiaires de l'intervention majorée. C’est ce qui ressort des derniers chiffres de l’INAMI pour toutes les institutions d’assurance. Le plus remarquable est que la Wallonie, et plus encore Bruxelles, sont particulièrement surreprésentées dans ces statistiques. La proportion de Flamands pouvant bénéficier de l’intervention majorée ou du régime préférentiel s’élève à environ 17,62 %. En Wallonie, ce chiffre dépasse le quart de la population (25,05 %) et atteint 35,59 % à Bruxelles. S’attaquer à l’intervention majorée pourrait donc bien constituer une nouvelle hémorragie pour nos compatriotes francophones, qui doivent déjà rattraper leur retard en matière de taux d’emploi.

Malheureusement, le régime préférentiel n’est pas le seul sujet à forte dimension communautaire dans ce contexte. Le nombre de jours d’invalidité varie lui aussi fortement entre Régions. En Flandre, un bénéficiaire est en moyenne en incapacité de travail pendant 26,69 jours. En Wallonie, ce chiffre atteint 32,80 jours et à Bruxelles 29,32 jours, selon les données de l’Union nationale des Mutualités neutres. Aucune raison objective permettant d’expliquer cet écart ne peut être établie. Là aussi, on peut légitimement se poser des questions.

Jürgen Constandt
Jürgen Constandt

"Plus de 21 % des Belges relèvent du système de l’intervention majorée, et la majorité d’entre eux vivent en Belgique francophone."

Tout comme pour le constat selon lequel les Flamands contribuent davantage à la Sécurité sociale que les francophones. Un titulaire flamand, qu’il soit travailleur ou employeur, verse en moyenne 11.186 euros par an en cotisations de Sécurité sociale. Pour un francophone, cette moyenne est inférieure de 1.866 euros. On peut certes faire remarquer que le taux d’emploi en Belgique francophone est moins élevé qu’en Flandre. Mais la question essentielle est surtout celle-ci : pourquoi un Flamand contribue-t-il davantage à un système dont il retire moins de bénéfices ?

Certains parlent, à ce sujet, de solidarité. Et cet argument peut s’entendre. Mais cette forme de solidarité a aussi pour conséquence que la Flandre manque souvent de moyens suffisants pour faire preuve de solidarité au sein même de sa propre communauté flamande ou pour constituer des réserves pour l’avenir. Un euro ne peut en effet être dépensé qu’une seule fois. Un véritable sens des responsabilités et une prise de conscience de l’urgence de la situation de l’autre côté de la frontière linguistique restent malheureusement manifestement absents.

Peu d’amélioration

Année après année, les chiffres montrent qu’il y a à peine une amélioration, que le taux d’emploi évolue à peine dans la bonne direction, que les coûts de l’assurance maladie-invalidité continuent d’augmenter en Wallonie et à Bruxelles, et que l’on recourt même massivement aux tribunaux pour faire annuler des réformes pourtant indispensables.

Dans De Tijd, l’entrepreneur Marc Coucke faisait justement remarquer que la Belgique est une entreprise en difficulté. "On ne dirige pas une entreprise avec des compromis et des blocages." Il a raison : la Belgique est devenue, en réalité, financièrement insoutenable.

La solution est pourtant relativement simple. Il faut, à tout le moins, transférer l’assurance maladie-invalidité aux entités fédérées, tout comme la prévention en matière de santé relève déjà des compétences des communautés. Qu’on les laisse organiser cela elles-mêmes, en fonction des besoins de leurs citoyens. De cette manière, elles pourront mettre les accents adéquats et veiller réellement à ce que ceux qui ont besoin d’une intervention majorée puissent effectivement en bénéficier.

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