Drogues et additions
Plus sanitaire & plus sécuritaire, voici la nouvelle stratégie pour les drogues de la CIM Santé publique
Élaborée au terme d’une réunion sur la thématique des drogues de la Conférence interministérielle (CIM) Santé publique et soutenue par des ministres de tous les niveaux de pouvoir, de Bart de Wever à Valérie Lescrenier en passant par Yves Coppieters, Caroline Gennez et Lydia Klinkenberg, la Belgique entend aujourd’hui adapter sa réponse à la problématique des addictions.

Le contexte est marqué à la fois par la diversification des substances (lire en page 16), l’élargissement des comportements addictifs et la montée des violences liées aux marchés illicites. Il ressort de cette réunion un texte d’une trentaine de pages, fort de nombreux objectifs mais encore peu soutenu par des actions concrètes. Le tout dans le cadre, toujours un peu délicat, de la répartition des compétences en Belgique…
Peu de mesures dévoilées, mais à la lecture des cinq objectifs stratégiques et des 34 objectifs spécifiques, plusieurs observations peuvent clairement être déduites. Avant tout, le texte élargit clairement la notion de « drogues » vers celle d’« addictions ». Son périmètre ne couvre pas seulement les substances illégales, mais aussi l’alcool, le tabac, les médicaments psychoactifs, d’autres substances à potentiel addictif, ainsi que les jeux d’argent et même les jeux vidéo. On s’attend donc à voir la politique belge en la matière glisser aux comportements addictifs dans leur ensemble.
Bras de fer sanitaire-sécuritaire
Ensuite, le point qui retient le plus l’attention est sans équivoque ce progrès, longtemps réclamé par le terrain, d’une médicalisation et une sanitarisation plus nettes du regard public sur le phénomène. Le document insiste sur la détection précoce, l’intervention précoce, la continuité des soins, le rétablissement, la non-stigmatisation, les groupes vulnérables, les déterminants sociaux de santé et la réduction des risques. Il dit aussi explicitement que, face à la dépendance, une politique pénale efficace doit être différenciée et mettre l’accent sur les soins et l’accompagnement. Sans (du tout, au contraire) mettre au placard la logique sécuritaire adoptée dans les années 1990, le texte invite quand même à d’abord penser les additions comme un phénomène de santé et d’inégalités.
Au-dessus d’autant de signatures de ministres de (centre-)droit, il y a quand même inévitablement une forte inflexion sécuritaire liée au contexte actuel. L’introduction rappelle la diversification du marché, les flux via les infrastructures logistiques et digitales, ainsi que la violence, la corruption, le blanchiment et le trafic d’armes. Le troisième objectif stratégique (« Mener une politique répressive ») est très développé sur le démantèlement des marchés illicites, l’intégrité des secteurs sensibles, les ports, aéroports et prisons, et le rôle du Commissariat national drogues. La stratégie ne bascule donc pas vers un modèle purement sanitaire. En filigrane de tout le document, on perçoit cette tension centrale dans laquelle essaient de s’équilibrer santé publique et lutte contre la criminalité organisée (on se laisse même s’imaginer un bras de fer Vandenbroucke/Quintin, qui, compte tenu de la ténacité de l’un et de la carrure de l’autre, aboutit sur un match nul).
Dépasser les problèmes de compétences
Aussi, la stratégie est marquée par une ambition de coordination institutionnelle presque autant que par ses contenus de fond. Vu la fragmentation belge des compétences, le document revient sans cesse sur la nécessité d’articuler fédéral, entités fédérées et niveau local, mais aussi santé, bien-être, justice, police, douanes, économie et partenaires privés.
En bout de course, le texte est très large, très consensuel, mais encore relativement peu hiérarchisé. C’est sans aucun doute sa faiblesse principale. Il embrasse beaucoup de choses à la fois, mais les priorités concrètes (quelles mesures passent avant ?), les arbitrages budgétaires (avec quels moyens ?) et les responsabilités opérationnelles (qui s’occupe de quoi ?) ne sont pas encore complètement coulées dans le texte et laissent en suspens davantage de questions que l’on a de place pour les écrire. Le document reconnaît heureusement que la mise en œuvre passera par des plans d’action, et qu’une stratégie de suivi et d’évaluation est déjà attendue pour décembre 2026.