Douleur postopératoire chronique. Prise en charge de la composante neuropathique par le patch de capsaïcine à haute concentration
La douleur postopératoire chronique est définie comme une douleur apparaissant ou s’aggravant après une intervention chirurgicale et persistant au-delà du processus normal de cicatrisation, pendant au moins trois mois. Dans une proportion non négligeable des cas, une composante neuropathique est présente, pour laquelle des options thérapeutiques locales peuvent être envisagées.
Loin d’être rare
La douleur postopératoire chronique est fréquente, avec une incidence variant de 5 % à 85 % selon le type d’intervention. Elle est souvent observée en chirurgie thoracique (cardiaque 30–50 %, mammaire 11–57 %, thoracique 5–65 %), après des amputations de membres (30–50 %) ainsi qu’en chirurgie abdominale (5–65 %) (1). Elle constitue également un problème courant après la pose de prothèses : 13 à 44 % des patients en souffrent après une prothèse totale du genou (2). Cette douleur s’accompagne le plus souvent d’une composante neuropathique significative (1), pour laquelle une intervention précoce contribue à un meilleur soulagement de la douleur (3, 7).
La puissance de la capsaïcine
La capsaïcine, utilisée depuis longtemps pour soulager la douleur, est un agoniste hautement sélectif du récepteur TRPV1 (Transient Receptor Potential Vanilloid 1). En 2021, le prix Nobel de physiologie ou médecine a été attribué pour la découverte de récepteurs, dont le TRPV1, qui se sont révélés fondamentaux dans la transduction de la douleur (3). L’activation de ce récepteur par la capsaïcine entraîne une dépolarisation et peut, à forte concentration, induire un effet au niveau des nocicepteurs cutanés, classiquement décrit comme une défonctionnalisation (4). Il en résulte une diminution de la réponse à un large éventail de stimuli sensoriels externes ainsi qu’une réduction de la douleur neuropathique. Des biopsies montrent qu’après cette défonctionnalisation, une régénération fonctionnelle peut survenir, ce qui permet d’expliquer le rétablissement d’une sensibilité normale (5).
Autant de raisons pour rechercher une option thérapeutique à la fois simple d’application et offrant un soulagement efficace de la douleur après une seule application. C’est dans cette optique qu’a été développé le patch de capsaïcine à haute concentration (8 %) (HCCP), contenant 179 mg de capsaïcine (4).
Soulagement antalgique constant avec peu d’effets indésirables systémiques
Les premières données issues des études ont rapidement démontré qu’une application du patch pendant 60 minutes induisait une défonctionnalisation adéquate des nocicepteurs TRPV1 positifs, mécanisme à la base du traitement de la douleur neuropathique (4, 6, 3). Depuis, un large éventail d’études est disponible (incluant des essais randomisés ainsi que des données en vie réelle) montrant toutes que des applications répétées du HCCP permettent un soulagement antalgique constant (5). Par ailleurs, une amélioration du sommeil ainsi qu’une meilleure qualité de vie ont également été rapportées (5).
Le HCCP présente une efficacité comparable à celle d’un traitement oral de référence. Une étude comparative avec la prégabaline, incluant plus de 500 patients, l’a confirmé : à 8 semaines, le HCCP s’est montré non inférieur, avec une réduction moyenne ≥ 30 % du score sur la Numeric Pain Rating Scale. En revanche, l’effet antalgique était significativement plus rapide avec le HCCP (7,5 jours contre 36,0 jours avec la prégabaline), et le niveau de satisfaction était plus élevé. Enfin, point non négligeable, davantage d’effets indésirables systémiques ont été observés dans le groupe prégabaline, entraînant des arrêts prématurés du traitement, et ce exclusivement dans ce groupe (7).
Globalement, le HCCP est très bien toléré. Les effets indésirables les plus fréquents sont des réactions locales au site d’application (sensation de brûlure, douleur et érythème), généralement légères à modérées et transitoires. Grâce à son action sélective sur les nocicepteurs TRPV1, la perception du froid et du toucher reste préservée (5). Par ailleurs, l’utilisation répétée du HCCP s’est révélée sûre : cela a été démontré dans une étude de 52 semaines, au cours de laquelle six applications de HCCP ont été réalisées à des intervalles de 9 à 12 semaines (8), ainsi que dans une étude en vie réelle ayant suivi des patients ayant reçu jusqu’à quatre applications (1).
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Les avantages du traitement par patch local de capsaïcine, en un coup d’œil
- Libération rapide de la capsaïcine au niveau cutané lors d’une application de 60 minutes, associée à une réduction moyenne de la douleur de 30 % chez 55,7 % des patients et à un délai médian court jusqu’au soulagement (7,5 jours). (7)
- Excellente observance thérapeutique : 100 % des patients (7)
- Faible risque d’effets indésirables systémiques (0–1,1 %) (7)
- Faible risque d’interactions médicamenteuses (7, 8)
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Utilisation du HCCP dans la prise en charge des douleurs liées au cancer du sein
En 2020, le cancer du sein était le cancer le plus fréquemment diagnostiqué, avec 2,3 millions de nouveaux cas dans le monde (7). En Belgique, les chiffres sont également élevés : les données épidémiologiques les plus récentes, publiées en 2024, font état de 11 623 nouveaux diagnostics (9). Heureusement, la mortalité a fortement diminué au cours des dernières années, avec pour contrepartie que de nombreuses femmes vivent désormais avec les séquelles des traitements, dont la douleur chronique (8). La prévalence de la douleur pendant le traitement est estimée à 55 % ; après celui-ci, 41 à 74 % des survivantes du cancer du sein souffrent de douleurs chroniques (8). Il s’agit le plus souvent d’une association de plusieurs types de douleur, la douleur neuropathique étant la plus fréquente (60 % des cas), et constituant une cause majeure de souffrance physique, avec de nombreuses limitations fonctionnelles (8).
La prise en charge actuelle repose principalement sur des traitements oraux (le plus souvent des antidépresseurs, des anticonvulsivants et des opioïdes) ou sur des approches alternatives non pharmacologiques. Toutefois, ces stratégies apportent une analgésie insuffisante chez plus de la moitié des patientes. De plus, les traitements oraux sont fréquemment associés à des effets indésirables, et peuvent présenter des contre-indications ou des interactions avec certains agents cytotoxiques (8).
L’utilisation du HCCP constitue dès lors une alternative intéressante. Cela a été démontré dans une étude observationnelle rétrospective menée chez 279 femmes, dont 54,5 % recevaient déjà un traitement antalgique. Avec le HCCP, 82,3 % des patientes ont rapporté un soulagement de la douleur très important, voire complet. Ce taux atteignait 70,7 % lorsque la douleur évoluait depuis moins d’un an, et demeurait de 56,0 % chez les patientes souffrant depuis plus de 10 ans, illustrant l’importance d’une intervention précoce (10). Par ailleurs, en cas de douleurs après une chimiothérapie ou une radiothérapie, plus de la moitié des femmes ont rapporté un bénéfice antalgique très marqué, parfois complet (8).
Utilisation du HCCP dans l’algoneurodystrophie
L’algoneurodystrophie, également connue sous le nom de syndrome douloureux régional complexe (SDRC), est une affection caractérisée par un érythème, un œdème, des limitations fonctionnelles, ainsi que des troubles sensoriels et vasomoteurs. Mais surtout, les patients souffrent de douleurs importantes. Là encore, l’efficacité du HCCP a été démontrée dans plusieurs études, avec une réduction de la douleur d’au moins 30 % observée chez 45 % (11) à 58 % (12) des patients. De leur côté, Raynaud et al. ont rapporté une réduction d’au moins 50 % chez 57,7 % des patients (13).
Utilisation du HCCP dans les neuropathies périphériques d’origines diverses
La récente étude CASPAR a inclus 499 patients présentant des lésions nerveuses périphériques d’origines diverses. L’administration répétée du HCCP a permis un soulagement durable de la douleur après chaque application, associé à une amélioration continue de la qualité de vie, du sommeil, du fonctionnement au quotidien, ainsi qu’à une réduction de l’utilisation de traitements concomitants.
Les effets indésirables étaient là encore principalement locaux. Une élévation transitoire de la pression artérielle a été observée chez environ 7 % des patients au moment de l’application. Les effets secondaires tels que les céphalées ou les nausées étaient rares (1).
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Le bon diagnostic
Reconnaître la douleur neuropathique est essentiel, car sa prise en charge est plus complexe et plus difficile que celle d’une douleur nociceptive « classique ». Elle nécessite en effet des traitements ciblant spécifiquement les mécanismes neuropathiques. Par ailleurs, plus la prise en charge est précoce, plus les chances de succès sont élevées (5, 8, 10).
Pour poser le diagnostic, le questionnaire DN4 constitue un outil utile (14, 15). Le patient décrit-il une sensation de brûlure, des décharges électriques, des paresthésies (douloureuses) ou une sensation de froid (douloureuse) ? L’examen clinique met-il en évidence une hypoesthésie localisée et/ou une allodynie (douleur au toucher) ? Et le score au questionnaire DN4 est-il ≥ 4 ? Dans ce cas, une douleur neuropathique est probable.
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En pratique
Pour commencer, il est souvent utile d’aborder la question de la douleur avant même l’intervention chirurgicale, en particulier chez les patients présentant un risque élevé de développer une douleur chronique (2). Il reste bien entendu crucial, après l’intervention, de surveiller étroitement la perception douloureuse du patient.
Le HCCP peut être utilisé en monothérapie ou en association avec d’autres traitements antalgiques (16), et il est autorisé en Europe pour le traitement des douleurs neuropathiques quelle qu’en soit l’origine (5). Le patch est appliqué pendant 30 minutes au niveau des pieds et pendant 60 minutes sur les autres zones (16). Plus le traitement est instauré précocement, plus son efficacité est élevée (5, 8).
L’effet du traitement est renforcé en cas d’utilisation répétée, ce qui se reflète également dans le nombre de sujets à traiter (NST) (Number Needed to Treat, NNT), correspondant au nombre de patients à traiter pour obtenir un bénéfice clinique chez l’un d’eux. Après une seule application, le NST varie de 6,3 à 12,5 ; après plusieurs applications de HCCP, il diminue à 3,8 (5). C’est pourquoi l’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande d’évaluer l’efficacité du patch après trois applications, avant d’envisager un arrêt du traitement (17, 16).
Le remboursement n’est autorisé que si le traitement est réalisé par un ‘centre multidisciplinaire de traitement de la douleur chronique’ reconnu ou une ‘équipe algologique multidisciplinaire’ reconnue. (18).
Une fois le diagnostic posé, il est donc recommandé d’adresser le patient le plus rapidement possible à un algologue, afin de pouvoir y débuter la prise en charge.
En savoir plus ?
Le « Livre Blanc de la Douleur » est un ouvrage de référence clair et structuré, qui aborde à la fois les fondements de la douleur postopératoire chronique et propose des outils pratiques en matière de diagnostic et de prise en charge thérapeutique (19).
Scannez le code QR pour en savoir plus sur le mécanisme d'action du patch de capsaïcine Qutenza. https://gru.link/SquOC
Références
1. Überall MA, Simanski C, Zellnig M, Eerdekens M, Engelen S, Heine M et al. Progressive Response of Repeated Treatment with High-Concentration (179 mg) Capsaicin Patch in Peripheral Neuropathic Pain After Surgical or Traumatic Nerve Injury: Findings from the 12-Month German CASPAR Registry Study. Pain Ther 2025; 14(4):1399–416.
2. A. Belbachir, J. Lebleu and P. Anract. Peut-on envisager une consultation de prise en charge de la douleur préopératoire et pour qui ?: Is it worth considering a pre-operative pain consultation, and for whom? Le Praticien en anesthésie réanimation 2025; 29:44–50.
3. Julius D PA. The discovery of receptors for temperature and touch.: Nobel Prize in Physiology or Medicine 2021; Nobel Foundation; 2021.
4. Anand P, Bley K. Topical capsaicin for pain management: therapeutic potential and mechanisms of action of the new high-concentration capsaicin 8% patch. Br J Anaesth 2011; 107(4):490–502.
5. Freynhagen R, Baron R, Huygen F, Perrot S. Narrative review of the efficacy and safety of the high-concentration (179mg) capsaicin patch in peripheral neuropathic pain with recommendations for clinical practice and future research. Pain Rep 2025; 10(2):e1235.
6. Kennedy WR, Vanhove GF, Lu S-P, Tobias J, Bley KR, Walk D et al. A randomized, controlled, open-label study of the long-term effects of NGX-4010, a high-concentration capsaicin patch, on epidermal nerve fiber density and sensory function in healthy volunteers. J Pain 2010; 11(6):579–87.
7. Haanpää M, Cruccu G, Nurmikko TJ, McBride WT, Docu Axelarad A, Bosilkov A et al. Capsaicin 8% patch versus oral pregabalin in patients with peripheral neuropathic pain. Eur J Pain 2016; 20(2):316–28.
8. Dupoiron D, Jubier-Hamon S, Seegers V, Bienfait F, Pluchon YM, Lebrec N et al. Peripheral Neuropathic Pain Following Breast Cancer: Effectiveness and Tolerability of High-Concentration Capsaicin Patch. J Pain Res 2022; 15:241–55.
9. Belgian Cancer Registry. belgian-cancer-registry.shinyapps.io/data_app/.
10. Maihöfner CG, Heskamp M-LS. Treatment of peripheral neuropathic pain by topical capsaicin: Impact of pre-existing pain in the QUEPP-study. Eur J Pain 2014; 18(5):671–9.
11. Goncalves D, Rebelo V, Barbosa P, Gomes et al. A. 8% Capsaicin Patch in Treatment of Peripheral Neuropathic Pain. Pain Physician. 2020 Sep;23(5):E541-E548.
12. B. Veys · C. Dequidt et al. Douleurs chroniques après mise en place d’une prothèse de genou: étude rétrospective observationnelle au CETD de Berck-sur-Mer. Douleur analg. (2018) 31:194-204.
13. Reynaud C et al. Intérêt thérapeutique des patchs de capsaïcine 8 % dans la prise en charge du syndrome douloureux régional complexe : une analyse rétrospective. Douleurs Évaluation - Diagnostic - Traitement Accepted 2024; Article in press.
14. Bouhassira D, Attal N, Alchaar H, Boureau F, Brochet B, Bruxelle J et al. Comparison of pain syndromes associated with nervous or somatic lesions and development of a new neuropathic pain diagnostic questionnaire (DN4). Pain 2005; 114(1-2):29–36.
15. Vragenlijst neuropatische pijn: DN-4: https://www.grunenthal.nl/service/dn-4-vragenlijst.
16. EMA - BCFI. SMPC Qutenza: https://www.ema.europa.eu/nl/documents/product-information/qutenza-epar-product-information_nl.pdf.
17. EMA. SmPC. European Medicines Agency (EMA). Qutenza 179 mg cutaneous patch: EU summary of product characteristics; 2023. Available at: http:// www.ema.europa.eu/. Accessed August 31, 2023.
18. BCFI. Terugbetalingsvoorwaarden Qutenza: https://h.bcfi.be/nl/ampps/63545?cat=b.
19. A. Szamburski and V. Martinez. Liver Blanc de la Douleur: La douleur postopératoire et sa chronicisation.
M-QZA-BE-02-26-0008 -février 2026
