Gale sévère : faut-il augmenter les doses d’ivermectine?
La gale connaît une recrudescence en Belgique. Dans ce contexte, les pratiques thérapeutiques évoluent, notamment autour de la place de l’ivermectine orale et des échecs sous perméthrine. Une étude randomisée du New England Journal of Medicine et de nouvelles données belges permettent de préciser la prise en charge actuelle des formes sévères.
Les données de Sciensano confirment une augmentation des cas de gale en Belgique ces dernières années, observée aussi bien en médecine générale qu’à travers les remboursements des traitements. Les jeunes adultes de 15 à 24 ans semblent particulièrement touchés, surtout en milieu urbain et durant les mois froids.
Dans ce contexte, le guideline belge WOREL 2025 considère désormais plusieurs options thérapeutiques comme comparables en efficacité : perméthrine 5 %, benzoate de benzyle 25 %, ivermectine topique 1 % et ivermectine orale à 0,2 mg/kg. Le choix du traitement se fait ensuite au cas par cas, selon le contexte clinique, les contre-indications, les difficultés d’application des topiques, les préférences du patient ou encore un éventuel échec thérapeutique antérieur. Cette évolution reflète les inquiétudes croissantes concernant une possible diminution de sensibilité à la perméthrine, malgré l’absence de preuve formelle de résistance.
Pas de bénéfice démontré des fortes doses
Dans l’étude multicentrique GALE CRUSTED, 133 adultes atteints de gale sévère ont reçu soit ivermectine orale 200 µg/kg soit 400 µg/kg aux jours 0, 7 et 14, toujours associée à deux applications de perméthrine 5%. Le critère principal associait guérison clinique et négativation parasitologique ou dermoscopique à 28 jours.
Les fortes doses n’ont pas montré de bénéfice clinique. Les taux de guérison étaient de 75 % avec 400 µg/kg contre 82 % avec la dose standard (OR 0,64 ; IC95 % 0,25-1,67). Aucun signal majeur de toxicité n’a été observé malgré l’utilisation répétée d’ivermectine.
L’étude présente un intérêt pratique important car elle concernait une population proche des situations rencontrées en dermatologie hospitalière : patients âgés, institutionnalisés ou immunodéprimés. Les auteurs rappellent également l’importance des traitements combinés et des mesures associées (émollients, isolement et traitement des contacts) dans la prise en charge des formes sévères.
Le vrai enjeu : observance et contrôle environnemental
Cette notion rejoint les recommandations belges du WOREL, qui insistent fortement sur les mesures d’hygiène, l’adaptation du traitement au contexte clinique et les difficultés d’application des traitements topiques, notamment en cas d’échec thérapeutique antérieur.
En pratique, ces données soutiennent donc le maintien des schémas standards d’ivermectine dans les formes sévères et rappellent l’importance du contrôle environnemental dans le contexte belge actuel de recrudescence de la gale. Les auteurs rappellent également l’importance du traitement simultané des contacts et d’une attention particulière aux collectivités à risque.
Remarques et références
1. À noter qu’en Belgique, les cas groupés de gale en collectivité (≥ deux cas dans un même établissement sur une période de six semaines) restent soumis à déclaration obligatoire auprès des autorités sanitaires régionales.
2. Bernigaud C, Do-Pham G, Guichard E, et al. Combined Oral Ivermectin and 5% Permethrin Cream to Treat Severe Scabies. N Engl J Med. 2026;394(18):1814-1823. doi:10.1056/NEJMoa2411721.
3. Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP). Prise en charge médicamenteuse de la gale : une nouvelle recommandation du WOREL. Folia Pharmacotherapeutica. 2025;52(07). Disponible sur : https://www.cbip.be/fr/articles/4571.pdf?folia=4568&version=long
4. Laisnez V, Brosius I, Van Bortel W, et al. Epidemiological evolution of scabies in Belgium, 2000-2022. Poster présenté au congrès SSID. Sciensano; 2024. Disponible sur : https://www.sciensano.be/sites/default/files/poster_scabies_ssid_final.pdf