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Immunisation passive ou vaccination contre le VRS : quels premiers bilans, et quelles perspectives pour 2026 ?

ZOOM  Faisant suite à de nombreuses mesures prises au niveau mondial, la protection passive contre le VRS par l’anticorps monoclonal à longue durée d’action nirsévimab (Beyfortus®) est remboursée en Belgique depuis octobre 2024 pour les bébés nés au cours de la saison du VRS, qui s’étend classiquement de l’automne au printemps. Par ailleurs, depuis janvier 2025, la vaccination des femmes enceintes contre le VRS par le RSVpreF (Abrysvo®) est également remboursée, de manière à protéger son futur nouveau-né. Les données en vie réelle s’additionnent pour tirer un premier bilan - et il s’avère particulièrement favorable.

VRS vaccinationLe rapport rédigé par Sciensano [1] pour la période allant de juin 2024 à juin 2025 indique que les enfants les plus jeunes (0-5 mois) ont été moins touchés que d'habitude par le VRS par rapport aux autres groupes d’âge. Les données de surveillance du réseau SARI estiment à 86 % (IC 95 % : 75 % à 92 %) la réduction des hospitalisations chez ces jeunes enfants [2]. Toujours au niveau de la Belgique, les chiffres pour la saison en cours ne sont (évidemment) pas encore connus. Leur collecte et leur analyse sont réalisées par une équipe dont la coordination est assurée par la Pre Sophie Blumental (ULB).

En mars dernier, une étude nationale réalisée en France [3] et qui incluait plus de 82.474 nourrissons a montré qu’une injection unique de nirsévimab était associée à une réduction substantielle des hospitalisations pour infection respiratoire basse à VRS. L’efficacité estimée était de 65 % pour les hospitalisations liées au VRS, 74 % pour les admissions en USI pédiatrique et d’environ 66 % pour les hospitalisations nécessitant une assistance respiratoire ou de l’oxygène. Ces résultats restaient cohérents dans diverses analyses de sous-groupes et ajustements statistiques.

EPI-PHARE, un partenariat scientifique indépendant entre l'Agence nationale française du médicament (ANSM) et l'Assurance maladie nationale, a réalisé une étude comparant pour la première fois de manière directe le nirsévimab et la vaccination maternelle au cours de la même saison. Les résultats ont été publiés fin décembre dans le JAMA [4]. Le groupe nirsévimab a présenté un risque d'hospitalisation liée au VRS inférieur de 26% par rapport au vaccin maternel. Pour les cas graves, la différence était plus marquée, avec une réduction d’environ 40% des admissions en USI pédiatriques et du recours à la ventilation assistée.

L’impact du nirsévimab ne se limite pas aux seules hospitalisations.

À noter que l’impact du nirsévimab ne se limite pas aux seules hospitalisations. Une revue de la littérature publiée en mars dernier [5] montrait déjà une réduction du nombre de consultations liées à une infection pédiatrique par le VRS.

Et du côté de la vaccination ?

En mars 2024, l’Argentine devenait le premier pays à mettre en œuvre un programme national de vaccination prénatale contre le VRS par le RSVpreF, visant à protéger les nourrissons dès la naissance via le transfert transplacentaire d’anticorps maternels.

L’étude BERNI (multicentrique, rétrospective et cas-témoin) a évalué l’efficacité de cette vaccination dans 12 hôpitaux du pays [6]. Elle incluait des nourrissons âgés de 6 mois ou moins, hospitalisés entre le 1ᵉʳ avril et le 30 septembre 2024 pour infection des voies respiratoires inférieures (IVRI) et testés pour le VRS par PCR ou immunofluorescence. Leurs mères étaient considérées comme vaccinées si elles avaient reçu le RSVpreF entre 32+0/7 et 36+6/7 semaines de gestation, au moins 14 jours avant l’accouchement.

Quelque 18 % des cas positifs pour le VRS et 50 % des témoins étaient nés de mères vaccinées pendant la grossesse. L’efficacité vaccinale contre une IVRI associée au VRS nécessitant une hospitalisation était estimée à 78,6 % pour la période allant de la naissance à l’âge de 3 mois, et à 71,3 % jusqu’à 6 mois. Pour les formes sévères d’IVRI requérant une hospitalisation, l’efficacité observée de la vaccination maternelle était de 76,9 % (IC 45,0–90,3) de la naissance à 6 mois.

Une confirmation française

Plus près de nous, l’étude observationnelle de l’équipe réunie autour d’Amélie Gabet (Université de Paris-Saclay) couvrait la période vaccinale du 16 septembre au 31 décembre 2024 en France [7]. Parmi les 29.032 femmes vaccinées pendant la grossesse, 24.891 ont pu être appariées à un groupe témoin composé de femmes non vaccinées. L’objectif principal de l’étude était d’évaluer la sécurité du vaccin RSVpreF, avec un accent particulier sur le risque d’accouchement prématuré, tout en examinant une série d’issues obstétricales et néonatales potentielles.

L’analyse n’a montré aucune augmentation significative du risque de naissance prématurée chez les femmes vaccinées par rapport au groupe non vacciné (IRR pondéré : 0,97 ; IC 95 % : 0,89–1,06). De même, aucune différence statistiquement significative n’a été observée pour les autres issues évaluées : accouchement dans les semaines suivant la vaccination, mortinaissance, césarienne, poids de naissance faible, hémorragie en post-partum, prééclampsie ou événements cardiovasculaires graves. Chez les femmes ayant reçu la vaccination au plus tard à 32 semaines de gestation, l’analyse n’a pas non plus révélé d’augmentation significative du risque de prématurité.

La prévention des infections (graves) à VRS est appelée à s’enrichir au fil du temps.

En prévention de l’asthme ?

Publiée en novembre dernier, une étude belgo-danoise [8] a débouché sur la conclusion qu'une infection par le VRS chez un bébé pouvait multiplier par cinq son risque de développer un asthme, surtout si ses parents sont asthmatiques. Cette étude indique également que l’immunisation passive des nouveau-nés contre le VRS peut réduire le risque d’asthme, une maladie qui démontre une fois de plus le caractère multifactoriel de son apparition.

Une gamme de moyens en développement

La prévention des infections (graves) à VRS est appelée à s’enrichir au fil du temps. Ainsi, par exemple, en septembre dernier, l’EMA a délivré un avis favorable pour l’approbation du clésrovimab (Enflonsia®), un anticorps monoclonal humain neutralisant l’IgG1κ qui intègre trois substitutions d’acides aminés dans la région Fc afin d’améliorer la liaison au récepteur Fc néonatal, prolongeant ainsi sa demi-vie. En ciblant la protéine de fusion du VRS présente sur l’enveloppe virale, le clésrovimab empêche l’attachement du virus et son entrée dans les cellules hôtes.

Publiée en octobre dernier [9], l’étude de phase 2b/3 CLEVER incluait 3.614 nourrissons ayant reçu une dose unique intramusculaire de 105 mg de clésrovimab. L’incidence des IVRI à VRS nécessitant une prise en charge médicale a baissé d’environ 60,4 % sur une période de 150 jours par rapport au placebo, et les hospitalisations liées au VRS ont été réduites d’environ 84,2 %. Le profil de tolérance était comparable à celui du placebo.

Références
1. De Mot L, Vandromme M, Lajot A, Van Evercooren I, Lafort Y, Dockx Y et al. Impact of nirsevimab on the epidemiology of pediatric RSV in Belgium in season 2024-2025.
2. https://www.sciensano.be/en/biblio/surveillance-des-infections-respiratoires-aigues-rapport-epidemiologique-saison-2024-2025.
3. Jabagi MJ, Cohen J, Bertrand M, Chalumeau M, Zureik M. Nirsevimab Effectiveness at Preventing RSV-Related Hospitalization in Infants. NEJM Evid. 2025 Mar;4(3):EVIDoa2400275. doi: 10.1056/EVIDoa2400275.
4. Jabagi MJ, Bertrand M, Gabet A, Kolla E, Olié V, Zureik M. Nirsevimab vs RSVpreF Vaccine for Respiratory Syncytial Virus-Related Hospitalization in Newborns. JAMA. 2025 Dec 22:e2524082. doi: 10.1001/jama.2025.24082.
5. Wu PP, Ding FR. Administration of Nirsevimab for RSV Prophylaxis in Infants: A Comprehensive Review. Vaccines (Basel). 2025 Apr 27;13(5):470. doi: 10.3390/vaccines13050470.
6. Pérez Marc G, Vizzotti C, Fell DB, Di Nunzio L, Olszevicki S, Mankiewicz SW et al. Real-world effectiveness of RSVpreF vaccination during pregnancy against RSV-associated lower respiratory tract disease leading to hospitalisation in infants during the 2024 RSV season in Argentina (BERNI study): a multicentre, retrospective, test-negative, case-control study. Lancet Infect Dis. 2025 Sep;25(9):1044-1054. doi: 10.1016/S1473-3099(25)00156-2.
7. Gabet A, Bertrand M, Jabagi MJ, Kolla E, Olié V, Zureik M. Maternal and Neonatal Outcomes After Respiratory Syncytial Virus Prefusion F Protein Vaccination During Pregnancy: Analysis From the 2024-2025 Immunization Campaign in France. Obstet Gynecol. 2026 Jan 1;147(1):118-126. doi: 10.1097/AOG.0000000000006121.
8. De Leeuw E, Justesen JF, Bosteels C, Debeuf N, Vanheerswynghels M, Jonckheere L et al. Maternal allergy and neonatal RSV infection synergize via FcR-mediated allergen uptake to promote the development of asthma in early life. Sci Immunol. 2025 Nov 28;10(113):eadz4626. doi: 10.1126/sciimmunol.adz4626.
9. Zar HJ, Simões EAF, Madhi SA, Ramilo O, Senders SD, Shepard JS et al. Clesrovimab for Prevention of RSV Disease in Healthy Infants. N Engl J Med. 2025 Oct 2;393(13):1292-1303. doi: 10.1056/NEJMoa2502984.

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Écrit par Dr Claude Leroy8 janvier 2026
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